LA GIFLE QUE L'ON N'OSE PAS REMETTRE
L'épisode Guy Philippe introduit dans les débats la question de la souveraineté nationale. Les observateurs avertis comprennent qu'Haïti a beau recevoir une gifle; mais qu'on ne peut pas s'aventurer dans un bras de fer diplomatique avec l'Oncle Sam. Car en tant qu'Etat nous dépendons trop de l'étranger; pour le budget, pour les élections, pour la fausse stabilisation, etc. Nos citoyens dépendent trop de visas étrangers et de transfers. Nos élus dépendent trop de visas étrangers. Du coup, révoquer le traité Albright donnant prétexte à l'arrestation et l'extradition de citoyens haïtiens accusés - à tort ou à raison- de traffic de stupéfiants est un risque énorme pour les visas des parlementaires dont les familles vivent presque toutes dans notre paradis imaginaire. Et on redoute une simple punition comme le bloquage des transfers sur Haïti qui pourrait nous mettre à genoux.
NOUS NE SOMMES PAS D'ICI
Les raisons de cette faiblesse sont multiples: culturelles, structurelles, économiques, sociales, historiques; entre autres. En substance, nous ne rendons pas notre pays vivable pour ses enfants. Nous avons plutôt d'autres pays d'adoption. Nous ne créons pas de richesses, ne fournissons pas de services, ne garantissons pas les droits fondamentaux des citoyens, nous ne transmettons plus les valeurs nationales, nous ne faisons pas assez de production tout court, pas assez de production culturelle et ne valorisons, ni ne vulgarisons, ni ne protégeons le peu de production (culturelle entre autres) que nous avons. Au bout du compte, nous sommes sur la terre d'Haïti parce que nous ne pouvons pas la quitter. Sinon pas encore. Nous nous considérons intelligents à parler français plutôt qu'à parler créole. Nous lisons plus de littérature française que de littérature haïtienne. Notre éducation ne cadre pas avec notre quotidien, ne pose pas nos problèmes et n'y propose pas de solution. Au lieu de nous conscientiser pour être des agents de changement, elle met plus de barrières entre lettrés et illettrés, entre citadins et villageois. NOUS NOUS AMUSONS À NOUS RABAISSER POUR VALORISER L'ÉTRANGER. Nous n'avons plus d'ancrage ici. Nous n'avons plus rien à faire ici. Nous sommes AMÉRICAINS, CANADIENS, FRANÇAIS; mais rarement et péniblement haïtiens.
IDENTITÉ: L'ÂME D'UNE NATION
Le cœur du problème haïtien est foncièrement identitaire. Construire une nation exige des sacrifices. Cependant on ne se sacrifie pas pour une nation à laquelle on ne s'identifie pas. Construire une nation passe d'abord par la mentalité et par extension l'opinion publique. Donc l'histoire, la presse, le civisme, la production culturelle, l'église, l'éducation sont d'une importance de premier rang, car forgeant sans cesse la conception, la CONSCIENCE de la société. Que ce soit clair: il n'y a pas moyen de transformer Haïti sans transformer la pensée de l'haïtien par rapport à ce pays. L'haïtien cherchera toujours un pays de rechange tant qu'il n'est pas convaincu que chez lui c'est ici. Quand il est convaincu que chez lui c'est ici, que c'est sa patrie, il fera de tout son possible pour "...travailler à sa grandeur et à sa prospérité." Et si c'est nécessaire il sera prêt à perdre son visa pour elle. Donc restaurer l'identité haïtienne, redonner de l'éclat à nos valeurs, est plus qu'une urgence. Il n'y a pas de demi-mesure: SEULE L'IDENTITÉ NATIONALE PEUT REDONNER VIE À LA SOUVERAINETÉ NATIONALE et ceci à quelque soit le prix. Sinon souveraineté chez nous continuera à être un vain mot.
Voilà la source de nos malheurs. Cela fait très longtemps que nous avons abandonné, pillé, maltraité, détruit notre pays. Parce que nous y sommes en transit. Il est temps de nous sédentariser, de REPRENDRE PLACE CHEZ NOUS, de planifier notre avenir, de faire des projets futuristes, de prendre nos responsabilités envers le pays, envers les enfants, envers les générations montantes. Ce qui passe avant tout par le contrôle de la fabrique de la mentalité, l'opinion et l'identité. Alors et alors seulement, on sera prêt à mourir pour l'honneur de la patrie. Alors et alors seulement mourir pour la patrie aura un sens.
Junior MESAMOURS
Etudiant finissant en Sciences Po. au CHCL
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